The Handmaid's Tale : analyse d'un colorama dramatique

The Handmaid's Tale : analyse d'un colorama dramatique

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Alors que la deuxième saison est déjà annoncée pour l’année prochaine, The Handmaid’s Tale - La Servante Écarlate en français - a rencontré un succès fou. La série continue de faire parler d’elle grâce à son message féministe et dystopique qui fait toujours sensation quelques mois après l'élection de Donald Trump. Retour sur les couleurs qui y sont utilisées et leurs significations.

La communauté religieuse mise en scène dans The Handmaid’s Tale vit en suivant une multitude de normes et de codes, notamment dans la façon qu'elle a de se vêtir, détail qui n’en est pas un et qui m’a beaucoup marquée. J’étais intriguée par le choix des couleurs, et c’est ce qui m’a amenée à faire quelques recherches à leur sujet.

Commençons par les hommes. Ils sont en noir et les plus importants d’entre eux portent des costumes qui mettent en valeur leur pouvoir vis-à-vis du reste de la communauté. La couleur noire renforce leur figure d’autorité et l’impression d’austérité qu’ils véhiculent.

Seules les femmes portent des couleurs, et leurs vêtements permettent de pouvoir distinguer en un coup œil à quel groupe elles appartiennent. Leur seul point commun est la robe ; c’est le vêtement qu’elles endossent toutes et qui marque de manière très traditionnelle leur féminité et les oppose radicalement aux hommes.

Les domestiques appelées les « Marthas », ainsi que les « tantes » qui s’occupent de l’éducation des servantes, portent des couleurs naturelles et ternes, respectivement du gris et du marron. Ces nuances sont si peu pigmentées qu’elles se font oubliées, comme celles qui les portent. Bien qu’occupant des rôles cruciaux, ces femmes ne sont pas dans la lumière de la société et restent très discrètes. Et même si les « tantes » exercent un certain pouvoir sur les servantes, elles se doivent de respecter les femmes des dirigeants, tout comme les Marthas, et prennent grand soin de leur obéir et de s’effacer en leur présence.

Les servantes quant à elles, sont en rouge. A l’inverse des couleurs ternes portées par les Marthas et les tantes, cette couleur attire le regard et ne passe pas inaperçue. Pourtant, même si le rôle des servantes est central à la fois dans la série et dans la communauté ­- elles servent de "mères porteuses" pour tous les couples puissants de la secte - elles doivent sans cesse savoir garder leur distance et le silence. Elles arborent donc une tenue rouge, mais d’un rouge éteint, loin de la couleur vitaminée à laquelle on pourrait s’attendre. Un rouge sang qui ressemble à celui porté par les prêtres lors de fêtes religieuses. Sa signification dans The Handmaid’s Tale est multiple et ses connotations sont à la fois positives et négatives. Emblématique des servantes qui sont les seules à être fertiles, le rouge est un symbole de féminité. C'est une couleur organique que l'on relie une fois de plus à celle du sang et ainsi à la vie et à la conception. Les servantes sont également l'incarnation de ce que les autres femmes de la secte détestent. Elles représentent le mal, l’enfer, l’envie. On retrouve dans le vêtement rouge la notion de sanction comme dans le livre The Scarlet Letter (1850) où une femme qui a trompé son mari se voit forcée de porter un A rouge (comme « adultère ») sur ses vêtements pour être humiliée de ses actes et ainsi, punie de son péché. Obliger les servantes à porter cette couleur est une manière pour les femmes des dirigeants de se venger face à leur incapacité à avoir des enfants, et de punir les servantes au passé jugé impure par la communauté. Finalement, le rouge est évidemment la couleur du désir, de la luxure et de l’érotisme. Pour faire court ; tout ce qu’interdit la secte, en particulier pour les servantes. Elles sont des corps avant d’être des femmes mais n’en perdent pas leur charme. Sans spoiler l’intrigue, la relation aux hommes qui leur est imposée les positionne encore plus fortement comme tentatrices et tentations. Autant dire que le rouge leur va très bien.

Et pour finir, les fameuses femmes des dirigeants. Ce sont les femmes ayant le plus de pouvoir au sein de la secte mais en réalité, elles n’ont d’influence que sur les autres femmes. Les hommes les tiennent à l’écart, et les limitent à la fois physiquement et intellectuellement. Par exemple, la lecture leur est interdite et elles sont bannies des réunions où les décisions sont prises, bien que pour certaines, elles aient été précurseurs de la révolution au même titre que leurs maris. Ces femmes portent des vêtements plus diversifiés dans leurs formes mais tous sont turquoise. Ce bleu vert est la couleur pour laquelle je me suis le plus interrogée. Elle inspire la paix, la confiance et la quiétude. Cela leur ressemble en apparence, mais lorsque l’on entre dans la série on comprend à quel point ce sont des femmes frustrées et en colère. Le turquoise symbolise également la propreté, la pureté et si l'on va plus le loin ; l’immaculé. La couleur qu’elles portent leur a été tout autant imposée qu’aux autres femmes. Et sa froideur leur rappelle sans cesse comment elles doivent agir : comme de parfaites femmes passives et pures, qui, faute de pouvoir perpétuer l'espèce humaine, doivent savoir rester à leur place.

Cette analyse des couleurs en dit long sur la série que je vous recommande fortement si vous ne l’avez pas encore regardée. Vous vous rendrez vite compte que les personnages sont bien plus complexes (et captivants !) que ces couleurs et mettent en exergue le fait que rien n’est jamais noir ou blanc.

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