Humour, Florence et congé maternité - Un café avec Alice Cheron

Humour, Florence et congé maternité - Un café avec Alice Cheron

 ALICE  À  FORTE DEI MARMI - PHOTOGRAPHIE ALEX DANI PHOTOGRAPHY 

ALICE À FORTE DEI MARMI - PHOTOGRAPHIE ALEX DANI PHOTOGRAPHY 

Lors d'un récent séjour à Florence, j’ai eu la chance de rencontrer Alice Cheron, plus connue sous le pseudonyme d’Ali di Firenze derrière lequel se cache un blog, un compte Instagram, un service d’organisation d’événements sur-mesure, des city-guides, un e-shop (l’Atelier d’Ali di Firenze) ainsi qu’une chaîne Youtube grâce auxquels elle partage sa passion pour l'Italie, et en particulier pour Florence. Alice est d’origine normande mais a grandi à Nice avant d’étudier et de commencer sa vie professionnelle à Paris. Il y a sept ans, elle a fait le grand saut : elle a déménagé à Florence par amour, et c’est de la ville qu’elle s’est finalement éprise.

Je l’ai découverte grâce à cet article de Lili Barbery Coulon, ainsi qu’aux stories Instagram de Valérie Tribes dans lesquelles elle parlait de Dolce Follia, la web série qu’a commencé Alice en janvier dernier. Ce sont ces vidéos qui m’ont donné envie de faire sa connaissance. Elle y compare avec beaucoup d’humour les habitudes françaises et italiennes et j’en suis vite devenue fan. Nous nous étions donné rendez-vous à la terrasse d’un café Piazza della Libertà. Il fut aisé de la reconnaître bien qu’elle fût de dos grâce à sa crinière de rêve, immanquable. Sans doute les rafales de vent qui se faufilent parfois dans les rues de Florence sont à l’origine d’un volume pareil. Il n’y avait pas que sa chevelure qui était remarquable. Ses accessoires Céline, ses mocassins Gucci et sa fausse fourrure couleur cappuccino complétaient également le personnage. Mais Alice n’est pas qu’un personnage. Dans Dolce Follia, elle en incarne déjà une dizaine, et dans la vraie vie elle est aussi maman, hyperactive et profondément italienne. Installées au soleil autour de nos cappuccino sur lesquels le barista avait inscrit ciao bella, nous avons évidemment discuté humour et Florence, mais aussi congé maternité et story Instagram avec la même énergie et bonne humeur qu'elle transmet chaque jour sur les réseaux. Retrouvez ci-dessous, dans l’ordre ou le désordre, les réponses d’Alice à toutes mes questions.

À propos de ce qu’elle faisait avant d’être une travel blogueuse florentine :

« J’ai commencé par une maîtrise en économie à Dauphine et après j’ai fait un master en communication à l’ESC Rouen. C'est un master spécialisé qui se déroule à Paris, où on est en entreprise toute la semaine et en cours le week-end. C’était une année super intense mais très intéressante car on avait plein d’intervenants. Je m’étais toujours dit que je travaillerais en communication mais jamais en publicité – j’avais décidé que c’était ma bête noire. Or, le destin a fait que je devais faire un stage et je me suis faite plantée au dernier moment, et j’ai fini par être prise chez Publicis Consultant, en publicité. Finalement j’étais comme un poisson dans l’eau. Après Publicis je suis allée chez BETC comme chef de pub junior. J’avais des boss qui étaient vraiment au top. Et donc ce fut des années parisiennes intensives mais j’ai adoré. Quand je suis arrivée à Florence, cette taille de grande agence n’existait pas, mais j’ai trouvé un groupe web qui travaillait avec le marché français. J’ai ensuite été débauchée par le concurrent qui lançait une énorme offre en Europe et j’ai monté le département communication chez eux. J’ai adoré ces années parce que travailler en Italie a été le meilleur moyen de s’intégrer, de comprendre le pays. J’ai ouvert le blog en parallèle à la suite d’une petite crise personnelle. »

À propos de son rapport à l’Italie et à la France :

« Ce qui me manque en France c’est ma famille très proche, mes parents et ma sœur qui sont à Nice, c'est pour ça que l'on rentre souvent. Mais il n’y a pas grand-chose d’autre. J’adore retourner à Paris car j’y ai mes petites habitudes mais ça me parait impossible d’y vivre. En fait, j’ai un petit souci avec le côté ronchon des Français. C’est super typique et j’ai plein d’amis qui le sont et ça n’empêche pas qu’on soit très proches mais je ne supporterais pas au quotidien. L’ouverture des gens en Italie a été vitale pour moi, parce que j’ai été parachutée dans un pays dont je ne connaissais pas la langue et chaque Italien qui a été sur mon chemin au début a fait en sorte que je me sente bien. Après il y a des connards comme partout, il y a un milliard de défauts, la vie est compliquée, c’est difficile, mais il y a quand même ce truc fondamentalement humain qui pour moi est indispensable. Ça a été le premier choc en arrivant ici : j’ai adhéré à 160 000 % à la ville, à la vie, aux Italiens. Ça a été un coup de cœur vraiment très fort et maintenant mon chez-moi c’est ici, sans aucun doute. Même si je pourrais m’imaginer partir de Florence pour travailler par exemple, c’est évident que je rentrerais ici. »

En sept ans Alice a donc eu le temps de s’imprégner de la culture italienne.
D
ans son premier épisode de Dolce Follia, elle insiste sur l’ultime faux-pas que font certaines personnes (dont moi !) en matière de café : «commander un cappuccino après 11h30.» Je lui ai demandé pourquoi c’était une telle hérésie :

« Le cappuccino contient beaucoup de lait alors il est considéré comme une boisson du matin, et c’est pareil pour le café latte. Ça va avec la passion petit déjeuner des Italiens qui adorent le prendre au bar de quartier. Après le déjeuner, on préfère boire des macchiato – ce petit expresso accompagné d’un peu de lait, macchiato voulant dire tâché, comme un café tâché de lait. »

J’ai toujours énormément travaillé pendant mes grossesses et pendant mes congés mat’, c’était mes seuls moments de répit.

À propos de sa manière de s’organiser pour travailler au rythme italien :

« [Pour travailler en Italie] j’ai été forcée de changer ma façon de faire parce que je venais du « pire » en termes de rythme, de stress et de travail le week-end. Quand je suis arrivée avec ce rythme à la française j’étais la tornade du bureau. Et on m’a tout de suite dit, « mais tu vas te calmer oui ! Parce que là il est 18h, tout le monde va faire sa vie, on sort ! » et donc on m’a forcée à me calmer, à me détendre. Là où j’ai travaillé on n’était pas là pour flâner mais il y avait une façon de faire très douce. Mais moi j’avais besoin de journée un peu plus active ...  donc j’arrivais très tôt au boulot, je bossais comme une psycho jusqu’à 14h, puis je développais mon blog.

J’ai utilisé mon premier congé maternité pour lui donner un gros coup d’accélérateur. C’est là que j’ai été contactée par une maison d’édition pour faire mon premier livre qui s’appelle Love à Venise. C’était super car ça professionnalisait tout de suite le blog. J’ai toujours énormément travaillé pendant mes grossesses et pendant mes congés mat’, c'étaient mes seuls moments de répit. Avant j’étais partagée avec le boulot, et maintenant même si c’est très compliqué avec les enfants, c’est une autre gestion. »

C’est l’humour qui justifie tout.

À propos de Dolce Follia et de son rapport à elle-même sur le web :

« Ce projet est arrivé à un moment où je m’essoufflais un peu. Je faisais beaucoup de choses mais j’avais la sensation de ne rien faire en profondeur. Il aurait fallu que je me concentre sur un seul projet et je n’arrivais pas à choisir lequel. J’avais l’impression que mes projets étaient venus à moi et que ce n’était pas moi qui les avais enclenchés. À l’automne, j’ai écrit un article qui s’appelle « 40 choses que vous ne savez pas sur moi », je le trouvais débile parce qu’il était plus drôle et personnel que les autres. Mais finalement j’ai réalisé que c’était ce genre de postes qui plaisait le plus. Je me suis aussi rendu compte récemment que tout le monde n’était pas drôle, que peut-être j’avais une carte à jouer et que ça pourrait donner quelque chose d’un peu différent. Parce que des lifestyle bloggers, des travels bloggers, il y en aura toujours qui feront des plus belles photos que moi. Je savais qu’il fallait que j’amène du personnel dans mon travail mais j’ai pris très longtemps à savoir comment parce que je ne me sentais pas légitime. Dolce Follia est mon plus beau coup de main pour dépasser mon auto-censure. Mettre des photos de moi gratuites parce que je me trouvais jolie, je trouvais ça ridicule. Il faut trouver une manière de le faire où on est à l’aise, et où on assume. Cela a pris du temps. Maintenant avec les vidéos je peux me le permettre parce qu’en fait pour moi, l’humour justifie tout et je me sens plus forte, j’assume enfin.

De plus, on est dans une période très féministe où tout le monde a envie de contribuer à la cause. J’aime bien voir que beaucoup de femmes en apportant des choses très différentes. Faire rire, se mettre en scène, prendre le risque de prendre un bide en étant une femme, c’est aussi avoir un peu plus de force.

Quand j’ai commencé à comprendre que j’avais envie d’être dans les vidéos, c’était un concours de circonstance. J’avais filmé une vidéo face caméra pour la première fois pour un projet qui finalement ne s’est pas fait. En montant la vidéo je me suis rendu compte que ce que j’aimais le plus c’étaient finalement ... les ratés ! Et c’est finalement devenu mon premier petit bout de Dolce Follia. Lorsque j’ai réfléchi à des sujets, j’ai réalisé que la seule manière de les traiter pour moi c’était l’humour. C’est la même chose avec la dernière vidéo, jamais je n’aurais fait un tuto beauté au sens propre du terme. Je prends beaucoup de temps avant de m’autoriser à faire des nouveaux trucs, parce que je me donne moi-même dix mille barrières. J’ai peur de ne pas être cohérente parce que j’ai l’impression d’avoir une plateforme qui a été définie d'une certaine manière et il me faut un vrai moment avant de m’autoriser à en sortir. »

 ALICE  À  FORTE DEI MARMI - PHOTOGRAPHIE ALEX DANI PHOTOGRAPHY

ALICE À FORTE DEI MARMI - PHOTOGRAPHIE ALEX DANI PHOTOGRAPHY

J’hallucine qu’au cinquième épisode les gens citent des bouts des premiers épisodes dans les commentaires. 

Si Alice est si drôle dans ses vidéos, c'est aussi grâce au théâtre qu'elle pratiquait lorsqu'elle était en France.
Voilà ce qu'elle m'a dit à propos de la production et de l’inspiration de Dolce Follia :

« Les articles sur mon blog qui s’appellent Dolce Vita sont une super base que je récupère pour écrire les vidéos. Ce qui est amusant c’est que depuis que je suis arrivée en Italie j’ai des calepins où je note ce qui m’arrive. Ce sont juste des petites notes avec des situations à la con, je me demande même avec le recul pourquoi je l’ai fait, sans doute ces souvenirs ont tellement compté pour moi – il y a vraiment un avant/après mon arrivée à Florence. Et évidemment depuis Dolce Follia il y a des phrases que dit mon mec et je lui dis « c’est mythique ce que tu viens de me dire, je le note ». 

Quand je publie une vidéo, j’ai l’impression de l'envoyer dans le vide de l'univers d’internet. Et j’hallucine qu’au cinquième épisode, les gens citent des bouts des épisodes précédents dans les commentaires alors que je suis « isolée » ici en Italie, mon public de base est un public de niche... »

Un mot, geste ou concept italien qu’elle aimerait voir devenir universel :

« Avant de dire ti amo - « je t’aime » que tu ne dis pas à ton dentiste - il y a une expression ici, ti voglio bene, qui veut littéralement dire « je te veux du bien ». C’est ce que mon mari va dire à mes enfants et qui peut être adapté à plein de situations. J’ai pris longtemps à comprendre comment ça pouvait être utilisé. Ce n’est pas une déclaration d’amour, c’est une phrase de bienveillance vachement forte que j’entends au quotidien. »

 

Retrouvez le reste des vidéos d'Alice sur sa chaîne Youtube, ses articles et bonnes adresses sur son blog (en finalisant ce post hier soir je me suis plongées dans la rubrique Dolce Vita dont elle parle plus haut. Il y a 6 pages mais j'ai quasiment tout lu. Autant dire que je vous les recommande !) et suivez-la au quotidien sur Instagram @AlidiFirenze. Et petit clin d'oeil de fin hyper important : j'ai découvert qu'Alice était, comme toutes les Alice que j'adore, née au mois de mars. Voilà. Je pense que c'est un signe. À bientôt !

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