Qui seront les prochaines Parisiennes ?

Qui seront les prochaines Parisiennes ?

Depuis plusieurs années la Parisienne et son style fleurissent Instagram à coups de jupes en coton imprimé fendues sur la cuisse, de jeans droits vintage portés avec des espadrilles compensées ou des sandales en raphia, de chemisiers légers presque transparents, à froufrous parfois, souvent façon cache-cœur, sinon nonchalamment boutonnés qu’à moitié, de micro top sortis des années 90s et de robes fleuries reprenant chacun de éléments précédents. Je suis moi-même complètement tombée sous le charme de ces pièces. Mais il y a quelques jours, transportée par une session de scrolling intensif sur Instagram, je suis tombée sur un énième panier en osier - accessoire ultime de la Parisienne d’Instagram. La journaliste (ou influenceuse ?) qui le portait reconnaissait elle-même le caractère cliché de ce sac à main aux faux airs de bohème que Jane Birkin fut la première à démocratiser à la ville à la fin des années 60. Plus qu’un cliché, cette pièce est devenue un symbole. Non pas de la Parisienne, mais “de la Parisienne d’Instagram”, la Parisienne influenceuse. Celle qui pose avec son verre de vin rouge ou son café en terrasse d’un bistrot pittoresque mais invariablement trop cher ou devant son miroir gigantesque orné de bouquets et de bougies Diptyque.

Cette image, construite de toute pièce par le génie créatif de ces entrepreneuses, est devenue si courante sur le réseau social que l’imiter semble parfois frôler le ridicule. Seules ses fondatrices y sont crédibles, ce style étant supposément le leur, mais il est difficile de ne pas penser à Anne-Laure Mais (@adenorah) ou à Jeanne Damas lorsqu’une jeune femme déambule avec un seau en osier pour aller faire ses courses au Franprix. Difficile, tout simplement, de ne pas penser à une grande partie des influenceuses du monde entier documentant leurs outfits. Pourtant, ces deux Parisiennes, en plus d’inspirer de nombreuses femmes (elles cumulent à elles deux plus de 1,2 millions de followers) sont celles qui ont rendu leur style accessible : elles sont à l’origine de marques (Rouje et Musier Paris) où leurs looks signatures sont proposés de manière littérale. Une stratégie qu’on ne peut leur reprocher puisque ces vêtements, couplés à leur style de vie, sont l'essence même de leur succès. Nombreuses sont les femmes qui s’y projettent, et peu importe leur âge - pourquoi s’en priveraient-elles ?

La question que je me pose est plus personnelle et davantage liée à leur représentation d’elle-même. Ces femmes ont fait l’exploit, non pas seulement d’inspirer, mais de rhabiller Instagram. Il ne fait l’ombre d’un doute que ces trentenaires ont un don pour rendre photogéniques des vêtements. Mais maintenant qu’elles ont dispersés les clés pour pouvoir être imitées, vont-elles rester imitables ? Ne vont-elles pas se lasser de porter ce qu’il est évident de porter pour être populaire sur le réseau social ? Le “style de la Parisienne” qui, il y a quelques années, se résumait au trench ou au caban bleu marine, sans maquillage ni soutien gorge, aux cheveux mal coiffés et à une marinière ou un pull en cachemire gris - va-t-il se transformer une nouvelle fois ? Je dis "transformer" car ces pièces restent des piliers de leurs vestiaires, elles sont seulement complétées. Mais cette transformation justement, n’est-elle pas propre à la Parisienne: être sans cesse à la tête de file, sans le vouloir, de ce que tout le monde souhaitera être quelques années plus tard ? Les initiatrices dont je parlais plus haut seront-elles les premières à faire muter leur style ? Ou deviendront-elles des références, comme le sont désormais Jane Birkin, Brigitte Bardot et Caroline de Maigret ? Entre deux cigarettes et un café, finiront-elles par laisser place à une nouvelle génération, et avec ça à une nouvelle esthétique de Parisiennes ?

Humour, Florence et congé maternité - Un café avec Alice Cheron

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